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Biographie : Barthelemy Boganda et sa carrière politique

Suite au premier article que nous avons publié il y a quelques jours sur la vie de cette grande figure de l’histoire de la République centrafricaine, nous allons évoquer sa carrière politique dans cette seconde série d’articles que nous lui consacrons.
 
PHOTO BOGANDA
Né le 04 avril 1910 pendant la période chaude de la colonisation, dans un petit village appelé Bobangui(Lobaye) en pleine région forestière, Barthélemy Boganda  homme d’église s’engage en politique le 10 novembre 1946 date à laquelle il est élu au suffrage universel député de l’Oubangui-Chari au deuxième collège de l’assemblée française. Il faut dire qu’à cette époque l’élite intellectuelle indigène était très insuffisante. Quelques rares Oubaguiens sachant lire, compter et écrire couramment  en français, appelés ‘’évolués’’, évitaient de prendre des risques en se portant candidat aux élections législatives contre le lieutenant-colonel Guy Baucheron de Boissoudy, député du 2e collège pour l’Oubangui-Chari et le Tchad à l’assemblée française, soutenu par toute la communauté européenne des deux territoires.  Certains compatriotes de Barthélemy Boganda,  tels que Yetina, Indo, Gandji, Kobokasi… se concertent et décident de soutenir sa candidature aux prochaines élections législatives de novembre 1946.
Ces derniers auront du mal à le convaincre. Car il tergiverse et se pose  souvent la question de savoir comment pourrait-il passer de l’autel de Dieu à la tribune de l’assemblée. Finalement sa réticence sera influencée par Monseigneur Grandin qui appuiera fermement sa candidature à l’assemblée française afin de barrer la route à l’avancée  fulgurante du communisme et du panarabisme qui menacent le continent africain. Dans toutes les églises, le prélat se met à vanter le mérite et la ferme détermination du jeune  Abbé qui se montre foncièrement anti-communiste. Toutes les congrégations religieuses se mobilisent en faveur de Boganda. Le 10 novembre 1946, il est brillamment élu face à son challenger Baucheron de Boissoudy. Il est donc le premier député noir en Oubangui-Chari.
L’année 1947 marque le début de sa lutte politique pour l’émancipation socio-économique du peuple en général et de celui de l’Oubagui-Chari en particulier. Dès son entrée sur la scène politique, il crée avec les deux frères Darlan (Antoine, l’ainé était fonctionnaire du trésor et Georges le cadet, instituteur.Ndlr) ‘’L’Union Oubanguienne’’, un parti local qui regroupera en son sein tous les Oubanguiens épris de paix et de justice pour combattre le système colonial. Il a comme passion de réaliser l’unité des africains  et ‘’libérer l’Afrique et les africains de la servitude et de la misère…’’ Il quitte précisément  l’Union Oubanguienne’’ pour adhérer au Mouvement Républicain Populaire (Mrp), un parti français dirigé à cette époque par Georges Bidault. Jouissant de la ‘’double casquette’’ de Député à l’assemblée et militant (Mrp) Boganda croit se faire entendre dans les milieux européens de l’Oubangui-Chari et de la métropole sur les atrocités et les brutalités commises sur les pauvres paysans. Boganda dénonce avec violence le non respect de la dignité et de la liberté, l’injustice, le racisme, les arrestations arbitraires, les assassinats etc… Il fustige le système colonial qu’il considère comme un obstacle à l’évolution économique de l’Afrique noire. Il multiplie à Paris dans le 5e arrondissement, à Meaux, Grenoble, Strasbourg et Lille des conférences sur les exactions et les abus coloniaux en Oubangui-Chari. Il réclame la stricte application de la loi du 11 avril 1946 abolissant le travail forcé et le code de l’indigénat. Il exige, les droits  et l’égalité de tous. ‘’Blancs et Noirs’’ devant la loi. D’où l’expression Zo Kwé Zo dont la traduction littérale en français est : ‘’ toute personne est une personne’’.
En 1948, il claque la porte du MRP qui reste insensible à toutes ses doléances. Refusant tout parti étranger dont les filiales se trouvent en Oubangui Chari (entre  1947 et 1948 en Oubangui-Chari il existait plusieurs partis politiques étrangers tels que la Section Française de l’International Ouvrière SFIO,  le Rassemblement du Peuple Français RPF, le Rassemblement Démocratique Africain RDA, et les Paysans Indépendants d’Outre-mer. Ndlr), il crée dans un  quartier du Km5, le 29 septembre 1949, le Mouvement de l’Evolution Sociale de L’Afrique  Noire (MESAN), un parti  politique locale dont l’objectif premier est l’émancipation socio-économique et culturelle du continent noir.
Boganda, grand avocat des Oubaguiens, ayant adopté une attitude anticoloniale dans ses discours à la tribune de l’assemblée française et dans ses écrits, se trouvent en Oubangui-Chari en butte contre de multiples tracasseries administratives et policières (Entre le 11et le 12 janvier 1951, Boganda, son épouse et sa fille âgée de 6 mois  et demi sont arrêtés et gardés à vue à la prison de Mbaiki (Lobaye) pour avoir protesté contre l’assassinat d’un chef de tribu Ngbaka appelé Nzilakéma le 04 juin 1951 à qui l’administration reprochait  d’avoir rendu visite au  député. Ndlr). Il crée la Société Coopérative de l’Oubangui-Lobaye-Lessé (SOCOULOLE), ‘’creuset de l’unité des paysans, rétorque t-il à ses interlocuteurs. Cette société se met à concurrencer la S.I.P. (Société Indigène de Prévoyance), crée en 1937 par l’administration coloniale. Mais elle ne sera opérationnelle qu’en 1947. Son mariage le 13 juin 1950 à Montmorency (Val-d’Oise) avec Michel Jourdain, secrétaire de M. Chautard du (Mrp) mise à sa disposition, attire la haine de la communauté européenne résidant en Oubangui-Chari contre lui. Il doit lutter sur trois fronts contre les colons, les missionnaires et un bloc composé de commerçants, de planteurs et de transporteurs. Ceux-ci s’inquiètent  de l’audience qu’à le député auprès des paysans, de quelques fonctionnaires et cadres tant dans le secteur public que privé. Car ses idées risquent d’être  vulgarisées en Afrique.
Dès lors l’administration coloniale le considère désormais comme un rebelle, un perturbateur, un intellectuel aux idées communistes (Or le député était hostile à l’égard des communistes. Ndlr), un député encombrant  qui entrave les bonnes actions des autorités administratives et politiques. Bien plus l’église qui avait soutenu  sa candidature aux élections législatives n’est plus tendre avec lui. Le groupe des hommes d’affaires, tous d’origine européenne, n’accepte pas les critiques formulées à l’endroit des commerçants  de la place selon lesquelles ils revendent trop cher des camelotes achetés  à vil prix à l’étranger. Aux élections législatives du 17 juin 1951, Boganda est réélu député malgré les manœuvres frauduleuses et l’intimidation de l’administration coloniale qui a de la préférence pour l’infirmier Julien Bella, candidat du  Rassemblement du Peuplement  Français  (RPF) crée en 1947 par le Général Charles De Gaulle dont la section se trouve en Oubangui-Chari. L’année suivante, il est institué l’Assemblée territoriale de l’Oubangui-Chari (ATOC). Boganda, dont la popularité se répand comme une trainée de poudre, s’assure, avec son parti  le MESAN, la majorité au sein de cette Assemblée en remportant 17 sièges sur 26 soit un pourcentage de 65,3%.
En 1956, les deux collèges de l’Assemblée Française sont refondus en seul, conformément à l’esprit de la Loi-cadre. Les prochaines élections législatives seront désormais organisées pour un collège unique. Seul Jean Baptiste Songomali, candidat indépendant, s’obstinera à s’y présenter contre Boganda malgré son impopularité. Celui-ci fut battu à plate couture par Boganda qui brigue ainsi le troisième mandat à l’Assemblée. En novembre, il balaie d’un revers de main ses adversaires politiques aux élections aux élections municipales en remportant 33 sièges de conseillers sur 37. Il devient ainsi le premier maire africain de Bangui. Or depuis sa création en 1911, ‘’la commune mixte de Bangui’’ n’a été piloté que par les administrateurs coloniaux ‘’administrateurs-maires’’. Désormais, on appelle Boganda      député-maire. Le 24 mars 1958, il est réélu Président du Grand Conseil de l’AEF (Afrique Equatoriale Française). C’est-à-dire qu’il va accueillir le 24 août à Brazzaville le général Charles de Gaulle de retour de Madagascar où il s’est rendu pour présenter son projet de constitution de la Ve République instituant la communauté franco-africaine. Aussitôt rentré à Bangui, Boganda entame de sérieuses et longues campagnes à travers le pays de ‘’Oui’’ au référendum du 28 septembre. L’Oubangui-chari vote  comme tant bien d’autres la constitution avec un score honorable de 98,1%. Le pays entre ainsi dans la communauté.
C’est ici que s’achève le second article réservé à la riche carrière politique de Barthélémy Boganda. Dans le troisième et dernier article, nous évoquerons son projet de création des Etats-Unis de l’Afrique latine ainsi que les circonstances de sa mort.
Rodrigue Djengoué.
 

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