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Cameroun-Journée internationale de la femme: Edith Kah Walla préconise le boycott

Dans un entretien téléphonique accordé à notre confrère de Radio Équinoxe Eric Fopousssi à la veille de la célébration de l’édition 2020 de la journée internationale de la femme, la présidente du Cpp s’exprime sur ses motivations.

Eric Fopoussi: Madame Edith Kah Walla bonjour madame la présidente.

Edith Kah Walla : (Rire) Bonjour monsieur Fopoussi, bonjour à tous les auditeurs et auditrices d’ Equinoxe.

Eric Fopoussi : Alors madame la présidente K. Walla vous avez adressé un message venant des mères de la nation aux femmes camerounaises tout récemment. Que leur demandez-vous concrètement?

Edith K. Walla: Euh nous disons à toutes les mères de la nation parce que c’est toutes les femmes camerounaises… Nous leur disons que la situation est tellement grave dans notre pays que nous devons utiliser notre journée, la journée internationale de la femme pour exprimer cette gravité. On ne peut pas être dans une situation où nous les femmes nous sommes entrain d’être tuées, nous les femmes nous sommes entrain d’ enterrer des morts, nous les femmes nous n’arrivons pas à joindre les deux bous pour nourrir nos enfants, pour amener notre marchandise au marché si nous sommes des agricultrices, pour trouver un petit travail si nous sommes en zone urbaine. On ne s’en sort pas et il est très important que nous utilisons notre journée pour dire haut et fort que ça ne va pas et que ça doit absolument changer. On doit mettre fin aux massacres, on doit mettre fin aux tueries. On doit dire non à la mort et on doit dire oui à la vie. Donc pour se faire, nous disons aux femmes camerounaises que pour le 8 mars (2020) nous n’allons pas porter le pagne, nous allons nous mettre en noire. Nous allons envoyer un message fort. Nous allons dans nos rencontres, dans nos séminaires, dans nos… Le 8 mars cette année c’est un dimanche. Donc nous demandons des messes. Il y a des femmes qui demandent des messes un partout dans la nation, pour prier pour la paix, pour que les choses aillent mieux dans notre pays.

Eric Fopoussi: Vous dites que ce message s’inscrit en droite ligne avec un passé historique du Cameroun marqué par les combats des femmes et que ce n’est pas nouveau.

Edith K. Walla : Absolument, Absolument. Euh il faut dire que nous à Stand Up For Cameroun pendant cette semaine-ci (Semaine avant le 8 mars Ndlr) nous célébrons les héros et héroïnes de la nation et nous voyons très clairement que les camerounais et les camerounaises se sont toujours battus pour notre pays. Depuis la lutte contre le colonisateur, nous voyons des femmes camerounaises je peux parler par exemple des femmes Anyu dans le nord-ouest qui ont combattues le colonisateur anglais pendant une dizaine d’années. On peut voir au moment des indépendances les femmes de l’Union des mouvements démocratiques, les femmes camerounaises qui étaient le parti partenaire de l’ Upc, le parti des femmes qui a joué un rôle extraordinaire. Nous avons eu des femmes qui sont parties en Russie pour apprendre à conduire des hélicoptères. Nous avons eu des femmes qui ont menées des actions de libération sur le terrain. Nous avons eu des femmes qui étaient à l’école des cadres pour apprendre gérer la nation. Donc les Gertrude Omog, les Marthe Moumié etc. On vient d’une très riche tradition des femmes combattantes. Alors nous disons aux femmes camerounaises ce n’est pas nous aujourd’hui avec tout ce qu’on a, avec tous les moyens qu’on a, avec les possibilités de communication qui sont là. Ce n’est pas nous qui pouvons rester là à un moment où les camerounais meurent chaque jour à l’extrême nord, dans le nord-ouest, dans le sud-ouest, à un moment où dans les zones où il n’y a pas de conflits, on n’a pas l’eau, on n’a pas l’électricité, on n’a pas le travail, ce n’est pas nous qui pouvons rester silencieuses. Nous sommes dans le devoir de nous lever, nous sommes dans le devoir de nous exprimer, nous sommes dans le devoir d’agir pour exiger. C’est de notre droit en tant que mère. C’est nous qui donnons la vie à cette nation. C’est nous qui assurons l’avenir du Cameroun et quand cet avenir est menacé, nous sommes dans le devoir de nous lever et de nous exprimer et dire ça ne va pas et nous pouvons faire autrement.

Eric Fopoussi: En gros madame la présidente Kah Walla vous appelez au boycott du 8 mars. Pour vous quel peut être l’impact d’un tel boycott?

Edith K. Walla: Il est très important… Je n’aime pas beaucoup le terme boycott parce que nous ne sommes pas entrain de demander aux femmes de rester à la maison le 8 mars. Nous sommes entrain de dire portez votre noire, il faut sortir avec le noir ce n’est pas une question de rester à la maison. On dit organisons nos propres activités et ne participons pas aux activités officielles. Parce qu’on ne peut pas avoir un état qui s’organise à… Nous on met les enfants au monde et puis on n’a un état qui en fait les machines à tuer. Que ce soit les soldats, que ce soit les ambaboys (Combattants séparatistes dans les régions du Nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun Ndlr), que ce soit ceux qu’on n’est entrain de recruter dans Boko Haram (Secte terroriste qui sevit dans l’extrême nord du Cameroun Ndlr), tout ça ce sont nos enfants. On n’a pas mis les enfants au monde pour qu’ils soient tués ou bien qu’ils deviennent des machines à tuer. Donc nous demandons aux femmes de mettre leur noir, d’organiser leurs activités comme elles savent si bien le faire, de discuter de cette situation et d’agir pour dire non ça doit cesser.

Eric Fopoussi: La question qu’on se pose aussi ce sont les images que nous avons reçues, avec vous madame Kah Walla mais également à vos cotés Maître Michel Ndoki, Maître Charlotte Tchakounté et bien-sûr maître Alice Akom. C’était quoi le symbole de ces femmes qui sont à coté de vous?

Edith K. Walla: Le symbole c’est que nous sommes toutes ensemble. Aujourd’hui nous sommes menacées pas en tant que parti politiques pas en tant que société civile, pas en tant que avocat ou présidente d’un parti politique. Nous sommes menacées en tant que femmes, nous sommes menacées en tant que citoyenne. Et nous devons réagir en tant que citoyenne. Donc notre action n’est pas partisane. Elle n’est pas pour les femmes musulmanes, ni pour les femmes chrétiennes. Elle n’est pas pour la femme rurale, pour la femme dans la ville. Elle est pour la femme tout court. C’est chaque femme camerounaise qui doit se lever. Nous disons l’histoire va nous demander…Vos arrières grands-mères quand ça n’allaient pas elles se levaient. Vos grands-mères quand ça n’allaient pas elles se levaient. Vos mamans quand ça n’allaient elles se levaient. Pourquoi vous ne vous êtes pas levées? Voilà la question qui est devant nous. On doit nous demander qu’est ce que vous avez fait? Qu’est ce que vous avez fait quand on n’a fait massacre après massacre? Pendant que les enfants que vous mettez au monde sont entrain d’être tués qu’avez-vous fait? Et cette question nous les femmes, vivant au Cameroun d’aujourd’hui, nous sommes dans l’obligation de pouvoir répondre à cette question en disant nous nous sommes levées, nous avons crié, nous avons agi, nous avons exigé que ça s’arrête, que la mort s’arrête, que la guerre s’arrête. Et que finalement on puisse arriver à une table de négociation.

Propos décryptés par Rodrigue Djengoué.

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