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Football féminin : Angèle Aimée Djeumo de la gloire au désespoir

Lors de la remise des trophées à l’issue de la finale de la coupe du Cameroun en 2009 au stade omnisports Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, Aimée Djeumo alors capitaine de Franck Roh liceck football club de Douala avait tenté de remettre à Paul Biya le président de la République du Cameroun une lettre. Cette dernière était montée à la tribune présidentielle prendre des mains du président de la République le trophée remporté par son équipe quelques semaines plutôt en coupe du Cameroun de football féminin. Après avoir récupéré son trophée la capitaine a sorti de sa poche une enveloppe qu’elle a tendue au chef de l’état. Enveloppe vite arrachée par la garde rapprochée du chef de l’état. Que contenait cette enveloppe? Quelle était la teneur de la lettre? Quel était le contenu de cette lettre? Quel était donc son but? La réponse à ces multiples interrogations a été donnée dix ans après par la footbaleuse dans un entretien qu’elle a accordée à notre confrère Boney Phillipe Interview.

Angeline Aimée Djeumo : Après cette remise de lettre, je croyais que je devais changer le football féminin puis que j’avais constaté que les filles veillissaient vite dans le football et je voyais un peu comment quand les hommes gagnaient une coupe du Cameroun ils avaient beaucoup d’argent. Je me suis dit hey comment est-ce que nous les femmes nous jouons et on joue les mêmes ballons que les hommes et nous ne sommes pas traité de la même sorte. C’est alors que mon président et moi nous nous sommes regroupés pour faire une lettre, une doléance destinée directement au chef de l’état. Chose surprise pour moi, je ne savais que ça devait se produire ainsi. Je suis arrivé au stade après remise de trophée, j’ai sorti mon enveloppe qui était sur moi j’ai tendu au chef de l’État. Bon c’est son garde rapprochée qui a tapé la main pour récupérer. Je suis resté perdue face au président.

Alors vous étiez capitaine de Franck Roh liceck de Douala. Qu’est-ce vous avez ressenti en ce moment là ? Vous avez eu peur par exemple pour votre vie?

Aimée Djeumo : là là présentement j’étais perdue pour vous dire vrai. J’étais encore très petite (Elle était âgée de 19 ans au moment des faits Ndlr). J’étais perdue. Je suis restée plantée sur place. C’est le même garde du corps qui me touche, qui me tapote, il me dit continue. Puisque je ne savais où je devais partir. Je savais que quand je venais vers le chef il devait me recevoir comme toute camerounaise.

Et donc vous avez été j’imagine très déçue hein...

Aimée Djeumo : Très très déçue. J’ai été d’abord gardé à la loge présidentielle pour qu’on lise le contenu de ma lettre avant de me libérer.

Et lorsqu’ils ont fini de lire le contenu qu’est-ce qu’ils ont fait?

Aimée Djeumo : Dès qu’ils ont fini de lire le contenu, ils m’ont libérer le même soir. Je suis sortie du stade vers 19h30-20h moins.

Et la suite des événements c’était quoi après cela ?

Aimée Djeumo : Après cela j’ai été suspendue, j’ai été convoquée à la fédération deux fois. La deuxième fois j’ai déchargé ma lettre de suspension là on m’avait suspendue deux ans.

Vous avez arrêté, vous avez continué de jouer après les deux ans de suspension?

Aimée Djeumo : En fait après la suspension je ne pouvais plus participer à aucune compétions au Cameroun. J’ai donc mon manager qui a essayé de me faire sortir du Cameroun. Et au niveau de la fédération on m’a refusé la lettre de sortie. C’est là où je suis allée faire mon enfant. Parce que j’étais désespérée.

Je ne suis plus jamais aller dans un stade de football au Cameroun. Jamais jamais. Maintes fois les gens se plaignent non tu es une ancienne footbaleuse. Il faut venir voir les matchs. Non non j’ai refusé. Puisque J’ai été déçue. J’ai été déçue.(Voix pleurnichant Ndlr) J’avais fait du sport ma carrière. Mais ça m’a déçue.

Et certaiment vous en avez après ceux qui vous ont fait cela et de la fédération camerounaise de football et du protocole d’état…

Aimée Djeumo : Euh oui je les en veux vraiment. Je les en veux vraiment. Parce qu’ils ont détruit le rêve d’une jeune camerounaise.

Aujourd’hui quels sont vos projets ? Qu’est-ce que vous faîtes?

Aimée Djeumo: Pour l’instant je suis indépendante. Je me bats seule. Bon le monde du sport j’ai un peu mis ça de côté parce que je n’avais pas de soutien. Ma famille n’a pas d’argent pour me soutenir et consorts… Actuellement je me bats avec mon Call Box. J’ai mes trois enfants. Bon le monde du sport j’ai un peu écarté ça de ma tête.

[Quelle triste réalité… Quelles leçons pour les jeunes footbaleuse ?]

Propos décryptés par Rodrigue Djengoue.

About Rodrigue DJENGOUE

"La Voix du perroquet" est un site d'information généraliste. Nous parlons de sport - football, culture, politique mais aussi de société... Email: djengouerodrigue@gmail.com

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One comment

  1. Merci pour ce décryptage,
    c’est la triste réalité de la mentalité de ceux qui nous dirigent; est la raison pour laquelle certains de nos compatriotes sont souvent de sigla double nationalité lorsqu’ils ont la chance de sortir du pays.

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