samedi, décembre 4, 2021
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HomeAgricultureI. SITUATION ACTUELLE DE L'AGRICULTURE

I. SITUATION ACTUELLE DE L’AGRICULTURE

7. En dépit de l’importance qu’elle revêt pour l’économie, la production agricole aussi bien pour les marchés intérieurs que pour l’exportation, dans les PMA, est demeurée essentiellement sous-développée. Bien qu’elle ait légèrement augmenté pendant la période 1995-98, le taux d’augmentation a à peine dépassé le taux d’accroissement démographique et, pour les années 90 dans leur ensemble, la production par habitant a en fait diminué. En outre, la lenteur de l’augmentation de la production vivrière et les fluctuations marquées d’une année sur l’autre de la production demeurent des problèmes majeurs et chroniques pour les PMA et constituent les principales causes de l’aggravation de leur pauvreté et de leur insécurité alimentaire. Entre 1969-71 et 1996-98, la proportion de la population totale des PMA souffrant de malnutrition est passée de 38 à 40 pour cent, tandis qu’en chiffres absolus, le nombre de personnes sous-alimentées est passé de 116 millions à 235 millions. Pour le reste des pays en développement, en revanche, cette proportion, par rapport à la population totale, était de 18 pour cent en 1996-98. En outre, les indicateurs de pauvreté montrent que la proportion de personnes vivant en deçà du seuil de pauvreté (défini comme étant de 1 dollar par jour) a augmenté dans nombre de PMA.1 L’on trouvera ci-après une analyse des principaux facteurs internes qui expliquent la situation actuelle de l’agriculture dans les PMA. L’on a mis l’accent sur les domaines dans lesquels une amélioration des politiques et du fonctionnement des institutions et une augmentation des investissements pourraient accélérer l’expansion de la production agricole pour la porter à des niveaux qui permettent de réduire la pauvreté rurale et d’améliorer la sécurité alimentaire.

A. L’OFFRE

1. Tendances de la production

8. Au cours des dix dernières années, la production agricole, y compris la production vivrière, n’a pas suivi le rythme de l’accroissement démographique dans les PMA dans leur ensemble. Bien que, pendant la période 1990-99, la production agricole ait augmenté à un taux annuel moyen de 2,5 pour cent, soit plus que le taux de 1,6 pour cent enregistré pendant la décennie précédente, la production par habitant n’a presque pas augmenté ou a même légèrement diminué. L’on peut en dire autant de la production d’aliments de base par habitant (tableau 1).

9. Toutefois, ces agrégats dissimulent des résultats extrêmement différents d’un pays à un autre. Si, pendant la période 1990-99, plus de 25 pays ont enregistré des taux négatifs de croissance par habitant, ces taux ont été positifs dans cinq d’entre eux, atteignant parfois de 2 à 5 pour cent. Ce n’est cependant que dans une quinzaine de PMA que la production agricole par habitant en 1990-99 a été plus élevée que pendant la période 1980-90. Ailleurs, principalement en Afrique subsaharienne, elle s’est contractée.

10. Nombre de PMA, après avoir été exportateurs nets de produits alimentaires pendant les années 60, sont devenus importateurs nets pendant les années 80 et 90. Selon les projections actuelles, leur dépendance à l’égard des importations devrait s’intensifier jusqu’à 2015 au moins.2

11. Bien qu’il y ait eu des fluctuations prononcées d’une année sur l’autre au cours des 30 dernières années, la valeur de la production de presque toutes les denrées agricoles a augmenté pendant les années 1990-97, l’exception étant le manioc, le cacao et le sisal (annexe, tableau 1).

Tableau 1. Production agricole et production vivrière pendant les années 80 et 90 dans les PMA et les autres pays en développement (pourcentage annuel moyen d’augmentation)

 Production agricole
TotalePar habitant
1980-901990-991980-901990-99
PMA1,62,5-0,8-0,1
Tous pays en développement3,63,71,52,0
 Production vivrière
 TotalePar habitant
PMA1,72,5-0,8-0,1
Tous pays en développement3,73,91,52,2

Source: Calculs fondés sur les indices du volume de la production (FAOSTAT 2000).

2. Modification des facteurs et des contraintes

2.1 Éléments physiques

12. La plupart des PMA ont dans l’agriculture un potentiel considérable inexploité grâce à leur dotation en facteurs comme terre, eau et climat, à la possibilité d’utiliser leurs ressources humaines et à l’amélioration de l’utilisation jusqu’à présent limitée qui est faite des méthodes de culture modernes. Ces pays pourraient donc utiliser beaucoup plus efficacement leurs ressources agricoles et améliorer considérablement la productivité de leur agriculture.

2.1.1 La terre et les ressources en eau: potentiel et contraintes

13. L’élément qui influence le plus directement le potentiel de production agricole d’un pays est la disponibilité de terres arables. La terre constitue en effet la ressource sans laquelle il ne peut y avoir de récoltes, d’élevage ou de foresterie. Ainsi, le potentiel d’expansion des superficies cultivées est l’un des principaux aspects à prendre en considération dans la planification de l’agriculture nationale. En procédant à une comparaison entre les superficies potentiellement cultivables, les utilisations actuelles de la terre et les prévisions de l’accroissement démographique, l’on peut déterminer si les pays ont la capacité physique d’accroître leur production agricole, que celle-ci soit destinée à la consommation interne ou à l’exportation.

14. Dans les pays les moins avancés, la situation agro-écologique varie beaucoup d’un pays à un autre, qu’il s’agisse de la disponibilité de terres arables et de leur qualité ou des conditions climatiques. Dans certains pays, la superficie des terres arables et les ressources en eau sont considérables tandis que, dans d’autres, elles sont plus limitées ou presque inexistantes. Les perspectives de développement de l’agriculture dépendent inévitablement de ces considérations.

15. L’on a entrepris, pour classer ces pays selon le potentiel de leur production agricole, de les ranger en fonction de la disponibilité ou du manque de ressources agricoles, en prenant en considération non seulement la terre et l’eau mais aussi le climat et l’accroissement démographique.3 Le tableau 2 de l’annexe contient un classement de 35 des PMA pour lesquels des données complètes étaient disponibles en termes de superficie potentielle de terres arables par habitant ainsi que de terres arables effectivement utilisées par habitant. Par superficie potentielle des terres arables, l’on entend les terres qui pourraient être cultivées en raison de la qualité des sols et de la disponibilité d’eau (pluies ou irrigation).4 Il importe de relever que, dans la plupart des cas, ces terres ne peuvent être utilisées que pour une agriculture pluviale et souffrent de contraintes comme fragilité écologique, faible fertilité, toxicité et forte incidence aux maladies, autant d’éléments qui réduisent leur productivité et exigent beaucoup d’intrants et une gestion habile pour pouvoir être utilisées durablement. En outre, si l’on considère en particulier que nombre de PMA manquent de ressources financières, les investissements requis pour pouvoir avoir accès à la terre ou en éliminer les maladies risquent d’être prohibitifs. Selon les projections établies par la FAO pour la période s’étendant jusqu’à 2015, l’expansion des terres arables ainsi que des terres de culture pourra être plus lente que par le passé.

16. Le classement général fait apparaître les pays où les conditions sont les plus favorables (indices faibles) et ceux où les problèmes sont les plus sérieux (indices élevés) pour ce qui est des ressources physiques potentielles et des contraintes actuelles et futures. Ce classement constitue un indicateur approximatif du potentiel relatif des terres arables d’un pays. L’on peut distinguer trois catégories de pays: i) ceux ayant un solde de terres relativement important, où l’agriculture extensive peut encore s’étendre (par exemple, le Mozambique et la République démocratique du Congo); ii) ceux qui sont près de la limite des possibilités d’exploitation des terres arables effectives (par exemple le Bangladesh et la Somalie); et iii) ceux qui ont exploité presque toutes leurs terres arables et ne peuvent probablement pas en accroître beaucoup plus la superficie (par exemple l’Afghanistan et le Yémen). Ainsi regroupés en catégories, les pays peuvent être considérés comme ayant un potentiel agricole élevé, moyen ou faible. Sur les dix pays de tête, huit se trouvent dans la zone humide du centre de l’Afrique. Il semblerait qu’il existe parmi ce groupe de pays un potentiel productif qui n’est pas encore exploité.

17. Parmi les pays qui viennent en queue du classement, l’on peut distinguer deux groupes très contrastés: i) deux pays dont plus de 90 pour cent des terres sont des terres arides ou désertiques; et ii) quatre pays relativement humides où les terres sont escarpées et dégradées.

18. Un autre trait distinctif des pays qui viennent en bas du classement est qu’au moins cinq d’entre eux ont, ces dernières années, été secoués par des conflits civils majeurs, l’instabilité politique ou la guerre. Le taux élevé d’accroissement démographique dans ces pays intensifiera probablement les pressions auxquelles est soumise la terre, ce qui risque de compromettre les droits fonciers traditionnels et, à terme, le maintien de l’ordre. Une autre des nombreuses conséquences d’une telle évolution est une aggravation de la dégradation des terres.

2.1.2 Le potentiel d’amélioration de la productivité agricole et son importance

19. Dans les pays les moins avancés, la contribution qu’une amélioration de la productivité a apportée à l’accroissement de la production agricole a été limitée, voire nulle. La principale source de croissance demeure l’expansion horizontale, c’est-à-dire la mise en culture de nouvelles terres. Étant donné les pressions de plus en plus intenses qui s’exercent sur les ressources agricoles, toutefois, une accélération de l’augmentation de la production agricole, particulièrement dans les pays où les possibilités d’expansion des terres sont limitées, exigera une amélioration continue de la productivité agricole, qui est actuellement relativement faible. Une telle amélioration est possible à condition de s’attaquer efficacement à des contraintes comme le manque d’incitations favorables, des investissements publics limités en milieu rural et l’insuffisance de l’appui institutionnel.

20. Les indications disponibles portent à conclure que le potentiel d’amélioration de la productivité est considérable. En termes de valeur ajoutée par travailleur dans l’agriculture, la productivité n’a que légèrement progressé dans 21 des 31 PMA pour lesquels des données sont disponibles entre 1979-81 et 1995-97 (annexe, tableau 3). En comparaison des autres pays en développement, toutefois, la valeur ajoutée dans les PMA semble relativement faible, ce qui porte à penser qu’elle pourrait être considérablement améliorée.

21. L’on trouvera ci-après une évaluation générale de la productivité dans chacun des principaux sous-secteurs de l’agriculture.

Récoltes

22. L’indicateur le plus généralement utilisé pour mesurer la productivité agricole est la production par unité de terre (indicateur également appelé rendement des récoltes). D’une manière générale, les rendements des récoltes dans les PMA sont faibles par rapport à ceux enregistrés dans les autres pays en développement (annexe, tableau 4). Les rendements des produits alimentaires de base (céréales, racines et tubercules et huiles) n’atteignent même pas la moitié de ce qu’ils sont en moyenne pour les pays en développement dans leur ensemble, bien que l’on constate des variations considérables d’un pays à un autre. Il apparaît donc possible d’améliorer de manière substantielle la productivité.5

23. Dans les PMA, à la différence de la plupart des autres pays en développement, l’augmentation de la production agricole est imputable davantage à l’expansion des superficies cultivées plutôt qu’à une progression des rendements. C’est par exemple au premier de ces facteurs qu’est imputable 77 pour cent d’augmentation de la production céréalière des PMA pendant la période 1981-89 et 72 pour cent pendant la période 1990-99, tandis qu’elle n’a été due qu’à concurrence de 23 pour cent et 27 pour cent respectivement à l’amélioration des rendements (annexe, tableau 5). Dans le cas des cultures de riz, de maïs et de fibres, toutefois, l’amélioration de la productivité, c’est-à-dire des rendements, a contribué dans une proportion relativement élevée et d’ailleurs croissante à l’augmentation de la production.

Élevage

24. L’élevage est un sous-secteur important et en expansion qui constitue une source substantielle de revenus et de nutrition pour les ruraux pauvres dans la plupart des PMA. Les animaux demeurent la principale source de traction autre qu’humaine dont disposent les agriculteurs et sont utilisés par les hommes comme par les femmes à différentes fins.

25. Les PMA ont, dans le secteur de l’élevage, de substantielles réserves de croissance dissimulées. Si l’on compare la part que représentent les PMA dans le nombre total de têtes de bétail dans le monde et dans la production mondiale de l’élevage (annexe, tableau 6), l’on peut avoir une indication des niveaux relatifs de productivité des PMA. Bien que, pendant la période 1997-99, les PMA aient représenté 14 pour cent du total de bovins et 18 pour cent du total mondial d’ovins et de caprins, ces pays n’ont produit que 4 pour cent environ du total mondial de viande de boeuf et 11 pour cent de viande d’ovins et de caprins.

26. Dans les PMA, l’élevage est une opération extrêmement traditionnelle et, pour l’essentiel, la production ne peut augmenter que si le nombre d’animaux s’accroît. Dans la plupart de ces pays, la productivité par animal n’a pratiquement pas augmenté, et leurs niveaux moyens de productivité demeurent bien inférieurs à ceux des pays en développement dans leur ensemble (annexe, tableau 6). La pénurie extrême de capitaux, le manque d’aliments de qualité et la forte incidence de maladies ont entravé l’expansion de la production dans le secteur de l’élevage. Pour améliorer davantage la productivité, il faudra: i) continuer d’investir aussi bien dans la recherche que dans le développement des moyens de production et de traitement d’aliments et de céréales pour le bétail; et ii) aider les petits éleveurs pauvres pour qu’ils puissent mieux s’intégrer aux circuits commerciaux de vente et de traitement des produits de l’élevage.

Pêcheries

27. Les pêcheries représentent un potentiel considérable pour nombre de PMA. Bien que ce potentiel n’ait pas encore été pleinement exploité, les produits de la pêche contribuent de plus en plus à la consommation alimentaire des populations et aux recettes en devises. Les possibilités de prises varient beaucoup d’un pays à un autre. Les pays du nord-ouest et du sud-ouest de l’Afrique, du sud-ouest de l’océan Indien (pour le thon) et ceux où se trouvent les lacs de la Vallée du Rift, par exemple, sont ceux où le potentiel de production et d’exportation est le plus élevé. Les pays riverains de l’océan Atlantique bénéficient de conditions particulières (remontées d’eaux froides) qui contribuent beaucoup à accroître la productivité des eaux marines, encore que ces systèmes soient soumis, par suite du temps, à des fluctuations marquées. Les espèces démersales de haute valeur sont considérées comme ne pouvant plus être exploitées durablement, mais les espèces pélagiques de moindre valeur sont apparemment très sous-exploitées. Les pays demeurent largement tributaires des investissements étrangers ou d’accords internationaux de pêche pour l’exploitation des ressources se trouvant au large de leurs côtes.

Foresterie et agroforesterie

28. Les arbres et les forêts contribuent indirectement, de nombreuses façons, à promouvoir le développement économique, la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance durables en complétant les systèmes agricoles, en appuyant le développement rural, en préservant l’intégrité de l’environnement et en créant des possibilités génératrices de revenus et d’emplois.

29. Les communautés rurales, en particulier dans les PMA, sont largement tributaires des produits de la forêt. Dans la plupart de ces pays, le bois de feu est la principale source d’énergie et représente jusqu’à 90 ou 95 pour cent de la consommation domestique d’énergie. Les produits forestiers non ligneux (PFNL) revêtent également une importance majeure, essentiellement pour les ménages et les économies locales. L’on estime que 80 pour cent de la population du monde en développement utilisent des PFNL comme produits de santé et compléments nutritionnels. Des millions de ménages sont lourdement tributaires de ces produits pour subsistance et/ou leurs revenus. Le bois d’oeuvre et l’industrie du bois sont également une importante source de revenus et un élément significatif de l’économie nationale des PMA ayant un vaste couvert forestier et représentent pour l’un d’entre eux 15 pour cent du PIB et 35 pour cent du total des recettes d’exportation.

30. Dans les PMA, les produits forestiers et les services environnementaux proviennent presque exclusivement des écosystèmes naturels, qui sont menacés par des méthodes d’exploitation non soutenables à long terme et par d’autres facteurs, y compris une expansion horizontale excessive des terres de culture. Le défi, dans ce domaine, consistera à définir et à élaborer des systèmes intégrés de sorte que les arbres et les forêts puissent continuer à fournir durablement les biens et services indispensables à la subsistance des populations des PMA.

31. L’analyse qui précède montre que, dans les PMA, l’écart entre les niveaux effectifs de productivité par unité de terre ou de travail ou par tête de bétail et ceux qui pourraient être atteints est énorme. Il peut être défini à trois niveaux:

  • La productivité moyenne est bien inférieure à celle qui pourrait être obtenue grâce à l’utilisation de pratiques optimales et de technologies appropriées à la localité. Cet écart pourrait être réduit grâce à des programmes de vulgarisation et à des investissements dans l’infrastructure;
  • La productivité pourrait être encore améliorée s’il était entrepris un plus grand nombre de programmes de recherche appliquée. Ces recherches sont néanmoins longues et exigent un appui continu. Le cas du maïs en Afrique subsaharienne montre que ce n’est que lentement que les pays d’Afrique se dotent des moyens nécessaires pour mettre au point des systèmes viables, économiques et efficaces permettant de cultiver sur le terrain les variétés mises au point en laboratoire;6
  • L’écart entre le gain de productivité provenant de l’innovation scientifique et de la recherche est très marqué aussi. Pour le réduire, les programmes de recherche adaptative appliquée devront être appuyés par des programmes nationaux et internationaux de recherche scientifique pure.

32. Pour améliorer la productivité de l’agriculture, il faudra réduire progressivement chacun de ces écarts – d’abord dans le domaine de la vulgarisation, puis dans celui de la recherche et enfin dans celui des sciences pures – à mesure que chaque pays commence à pouvoir plus facilement adopter et développer des technologies améliorées. À ce stade du développement des PMA, la priorité devrait, dans l’immédiat, être accordée aux services de vulgarisation et à la recherche.

33. Dans nombre de pays en développement, y compris les PMA, les pouvoirs publics sont souvent intervenus sur les marchés de manière inappropriée et ont investi dans des entreprises étatiques de production qui se souvent avérées inefficaces. Nombre de pays, au cours des 20 ou 30 dernières années, ont entrepris des réformes pour privatiser les entreprises étatiques et éliminer les conseils de commercialisation et autres organes de réglementation dépourvus d’efficacité. Toutefois, le rôle qu’ont joué ces institutions par le passé et les biens publics qui ont ainsi pu être fournis dans le secteur agricole n’ont pas toujours été pleinement appréciés. Les investissements du secteur public dans les écoles rurales, dans le développement des marchés des intrants et des produits, dans la vulgarisation agricole et dans la recherche agronomique appliquée ont contribué directement au développement de l’agriculture dans tous les pays du monde. Une réforme institutionnelle qui n’irait pas de pair avec des investissements dans ces biens publics ne pourrait pas se traduire par une croissance économique dans le secteur agricole. La croissance n’est pas le résultat de politiques passives de laissez-faire qui ne comportent pas d’indispensables programmes d’investissements publics.

34. Les faits montrent que, dans les pays les moins avancés, les investissements publics dans les services de vulgarisation et de recherche agricoles peuvent être extrêmement rentables. Une analyse récente des études qui ont été faites du rendement des investissements dans la recherche et la vulgarisation a confirmé que le taux de rendement interne en Afrique (continent où se trouvent le plus grand nombre de PMA) est rémunérateur: le taux de rendement moyen était de 27 pour cent pour les services de vulgarisation et de 37 pour cent pour la recherche (annexe, tableau 7). Il importe par conséquent de renforcer les capacités de vulgarisation et de recherche pour permettre à ces pays d’accroître nettement leur productivité, comme cela a été le cas dans nombre de pays en développement. Lorsque ces programmes sont complétés par des investissements institutionnels dans les marchés et dans l’infrastructure, leur efficacité s’accroît.

35. Bien qu’elles puissent être extrêmement payantes, les dépenses par habitant dans la recherche et la vulgarisation agricoles sont, dans tous les PMA, très faibles en comparaison de ce qu’elles sont dans les autres pays en développement ou dans les pays développés. Une étude récente de la FAO a montré qu’en 1989-90, le total des dépenses allouées à la recherche agronomique dans les pays d’Afrique subsaharienne a été inférieur à 0,6 pour cent de leur PIB agricole.7

2.1.3 Environnement et exploitation rationnelle des ressources naturelles

36. Il est de plus en plus à craindre que l’expansion et l’intensification de l’agriculture ne se traduisent par une dégradation de la base de ressources naturelles (sols, eau, végétation et biodiversité) et par conséquent par un recul de la production agricole. Toutefois, l’intensification de l’agriculture – c’est-à-dire l’amélioration de la productivité des terres déjà cultivées – ne devrait pas, en soi, constituer une menace. En fait, une intensification bien gérée est nécessaire pour accroître la production agricole de sorte qu’elle réponde aux besoins et réduire les pressions qu’entraîne une expansion de l’agriculture dans les zones fragiles et marginales. C’est l’absence d’une gestion rationnelle axée sur des technologies appropriées et aux intrants nécessaires dans l’agriculture, plutôt que son intensification en tant que telle, qui est l’une des causes les plus sérieuses de dégradation de l’environnement.

37. La protection de l’environnement et une gestion rationnelle des ressources naturelles sont liées à différents facteurs, comme la mondialisation, les inégalités qui caractérisent le processus de développement, le manque d’accès à la science et la technologie, des moyens financiers de production limités et la perturbation des institutions et des systèmes de production traditionnels. De plus, dans nombre de ces pays, l’agriculture continue de fonctionner comme un secteur isolé. Les pressions accrues qui s’exercent sur les ressources naturelles, l’empiétement sur les terres marginales, les migrations vers les villes ou vers des pays plus développés, les taudis urbains, la désintégration sociale et la pauvreté sont souvent le résultat du manque de services et des possibilités d’emplois dans les régions rurales des PMA.

38. L’accroissement démographique et des pratiques de gestion inadéquates exercent des pressions sur l’écosystème et compromettent l’équilibre écologique. Dans beaucoup de PMA, cinq décennies de surexploitation des ressources ont épuisé les réserves du capital naturel dans de nombreuses régions et ont limité les possibilités de voir la production agricole et les moyens de subsistance se développer à l’avenir. Il importe de revenir aux connaissances autochtones et d’approfondir les recherches sur les méthodes de production propres à préserver les ressources naturelles et l’environnement. Surtout, il faut accorder plus d’attention à la participation des populations locales aux processus de prise de décisions afin d’améliorer l’interaction des individus et groupes sociaux et de l’écosystème naturel. Une assistance financière et autre devrait être fournie aux pays les moins avancés pour les aider à adopter et à acquérir les technologies appropriées. Il faut entreprendre et exécuter conjointement avec les différentes parties prenantes des programmes de recherche, et notamment de diagnostic, aux échelons national, infranational et local, sur les régions des populations les plus exposées à la dégradation de la terre, avec toutes les conséquences que cela comporte pour leurs moyens de subsistance. Regrettablement, ces régions sont souvent négligées par les programmes de développement étant donné que leur remise en état est complexe et ne peut pas toujours se justifier facilement pour des raisons purement économiques. La sélection d’intrants appropriés devrait également être fondée sur des solutions combinant les connaissances traditionnelles et les techniques modernes et de nature à aider les agriculteurs à investir dans l’entretien du capital qu’est la terre.

39. L’intégration des considérations environnementales à la planification du développement devrait être un élément indispensable de toute stratégie de développement dans les PMA. Cela constitue en effet non seulement un moyen de protéger les terres fragiles pour qu’elles puissent un jour être mises en culture mais aussi un mécanisme qui pourrait permettre aux PMA, et en particulier ceux qui se trouvent dans des zones arides, de préserver un important capital de diversité biologique et de contribuer à la solution de certains des problèmes liés aux changements climatiques. Ainsi, il faudra sans doute entreprendre une analyse site par site étant donné que l’interaction entre les politiques qui peuvent encourager une offre accrue et la manière dont cette réaction sera obtenue (et par conséquent leur impact environnemental) risquent d’être ambiguës.

40. En somme, il apparaît que nombre de PMA ont des ressources agricoles et naturelles relativement abondantes qui pourraient leur donner un avantage comparatif dans la production de toute une série de denrées agricoles. Ces avantages pourraient être développés de manière à exploiter les possibilités qui s’offrent sur les marchés internationaux et à générer ainsi au niveau de l’ensemble de l’économie une large expansion. Il existe des possibilités considérables d’intensification et d’amélioration de la productivité dans l’agriculture. L’on examinera dans les trois sous-sections ci-après quels sont les problèmes et défis de caractère interne ou externe qui ont empêché d’exploiter pleinement ce potentiel, ainsi que des mesures de politique générale qui pourraient être adoptées pour y parvenir de manière efficace et durable.

2.2 Aspects de développement humain

41. Pour développer le potentiel que représentent les ressources humaines, il faut déterminer les rôles et les besoins des agriculteurs (hommes et femmes) et des autres membres du ménage qui peuvent s’acquitter de tâches diverses et qui ont des besoins différents en matière d’éducation, de santé, de nutrition et de connaissances techniques. Or, les PMA sont caractérisés par un faible niveau de développement humain (tel qu’il se reflète dans les taux d’espérance de vie à la naissance, les niveaux d’instruction et les conditions de vie).8

2.2.1 Éducation, formation et vulgarisation

42. L’éducation est le principal pilier du développement humain et un élément d’importance majeure dans le développement agricole. Des recherches montrent que l’alphabétisation, l’éducation primaire, la formation de base et les services de vulgarisation ont un impact positif immédiat sur la productivité des exploitants. Un agriculteur qui a suivi quatre années d’études élémentaires a une productivité qui dépasse en moyenne de 8,7 pour cent celle du cultivateur qui n’a pas fait d’études du tout. En outre, plus il est instruit, et plus son revenu a de chances de s’accroître lorsqu’il utilise des technologies nouvelles et s’adapte rapidement aux changements technologiques. Cela ne manque pas d’avoir des effets bénéfiques pour l’ensemble de la population, particulièrement en renforçant les capacités des populations rurales.

43. La qualité des services d’éducation et de formation dans les PMA est médiocre, et les capacités institutionnelles de mener à bien des réformes et d’améliorer le système d’éducation et de formation dans le domaine du développement agricole et rural sont insuffisantes. De ce fait, les taux d’analphabétisme et la proportion d’enfants non scolarisés sont élevés dans les PMA, en particulier parmi la population rurale.

2.2.2 Population et santé

44. Sur le plan démographique, les PMA sont confrontés à une combinaison dangereuse de problèmes démographiques, de problèmes de santé et de problèmes de développement qui, ensemble, constituent un redoutable défi pour leurs populations, leurs gouvernements et la communauté internationale.

45. Selon les projections actuelles, les PMA continueront d’enregistrer un taux élevé d’accroissement démographique, encore que celui-ci puisse être réduit par l’épidémie de SIDA si elle n’est pas enrayée. Manifestement, l’augmentation prévisible des effectifs des populations auront des incidences majeures sur les besoins alimentaires. Il ressort par exemple d’une étude récente de la FAO9 qu’afin de maintenir ou d’améliorer légèrement la disponibilité actuelle de produits alimentaires par habitant en 2050, quelques PMA devraient presque quadruplé leurs disponibilités alimentaires.

46. D’autres facteurs démographiques risquent très vraisemblablement d’influer directement sur l’agriculture et la sécurité alimentaire dans les PMA. En particulier, la propagation de plus en plus rapide du VIH/SIDA en milieu rural soulève un problème extrêmement sérieux. Cette pandémie est unique en comparaison des autres maladies en ce qu’elle affecte les groupes d’âge les plus productifs, c’est-à-dire ceux compris entre 15 et 50 ans. La pandémie a donc des effets quantitatifs et qualitatifs directs sur la main-d’oeuvre agricole: elle réduit considérablement les effectifs de la population active dans l’agriculture et sa productivité; elle altère la répartition du travail; et elle se traduit par une perte de compétences indispensables à l’exploitation, à la commercialisation et à la gestion des ressources.10

47. La pandémie affecte directement aussi les marchés des produits agricoles en altérant les effectifs et la composition de la population à nourrir et en limitant la demande effective de produits alimentaires. Outre qu’elle constitue un problème de santé majeur, l’épidémie de VIH/SIDA a été considérée ces dernières années comme un problème socio-économique critique. Son impact est également aggravé par le fait qu’elle constitue un point d’entrée pour d’autres maladies, comme la tuberculose et le paludisme. L’augmentation des taux de morbidité et de mortalité appauvrit les ménages affectés et décime le secteur rural dans son ensemble. Ce phénomène se traduira sans doute par une diminution de la production agricole et une aggravation des pénuries vivrières et des carences nutritionnelles à long terme.

2.2.3 Le rôle des femmes rurales dans le développement agricole

48. Les femmes rurales jouent un rôle important: ce sont elles qui produisent les aliments de grande consommation, élèvent la volaille et de petits animaux (brebis, chèvres, lapins, cochons d’Inde) et fournissent la main-d’oeuvre nécessaire après les récoltes. Ce rôle est particulièrement visible dans les PMA. À la suite des guerres, de l’intensification des migrations d’hommes à la recherche d’un emploi rémunéré en ville et de la mortalité croissante causée par le VIH/SIDA, le nombre de ménages dirigés par des femmes a augmenté partout dans le monde en développement. Cette « féminisation de l’agriculture » a mis à rude épreuve la capacité des femmes de produire, d’assurer et de préparer les aliments du foyer face à des obstacles déjà considérables.

49. Les études de la FAO démontrent que si, dans la plupart des pays en développement, les femmes constituent le pilier du secteur agricole, de la main-d’oeuvre agricole et des systèmes alimentaires (ainsi que de la subsistance quotidienne de la famille), ce sont elles qui ont le moins bénéficié des processus d’expansion économique et de développement, tant est que ces derniers n’aient pas eu sur elles un impact négatif. Les préjugés sexistes et l’aveuglement persistent, et les agriculteurs continuent généralement d’être considérés comme de sexe masculin par les pouvoirs publics, les planificateurs du développement et les prestataires de services agricoles. Cela étant, il est plus difficile pour les femmes que pour les hommes d’avoir accès à d’indispensables ressources comme la terre, le crédit et les intrants agricoles, la technologie, les services de vulgarisation, la formation et les autres services qui pourraient améliorer leurs capacités productives.

50. De manière générale, la contribution apportée par les femmes à l’agriculture est mal comprise et leurs besoins spécifiques sont ignorés dans la planification du développement. Il importe néanmoins de réaliser pleinement tout le potentiel des femmes dans l’agriculture si l’on veut pouvoir promouvoir le développement agricole et rural.

2.2.4 Information et communications

51. L’information et les communications sont essentielles aussi à un développement agricole et rural durable. Des investissements dans les systèmes d’information ruraux peuvent permettre d’accroître les niveaux des connaissances et des compétences de gestion des agriculteurs. Or, pour susciter une prise de conscience, diffuser des informations, partager des données d’expérience, modifier les attitudes et perfectionner les compétences , des processus de communication et d’apprentissage sont indispensables. Si les technologies Internet se propagent rapidement dans nombre de pays en développement, l’infrastructure des télécommunications de base demeure sérieusement déficiente. Le fossé du savoir entre riches et pauvres est extrêmement vaste.

2.3 Politiques et institutions

52. L’on verra ci-après quelles sont les principales politiques et mesures institutionnelles qui ont facilité ou au contraire entravé le développement agricole dans les PMA, et en particulier celles qui ont empêché les agriculteurs d’améliorer leur productivité ou d’accroître leur production.

2.3.1 Cadre de politiques macro-économiques

53. Par le passé, ce sont les pouvoirs publics qui, dans les PMA, se chargeaient de nombre des fonctions en rapport avec l’agriculture: financement, différents services de production, de commercialisation et de distribution, réglementation et parfois implication directe dans la production. En outre, globalement, les politiques suivies par les gouvernements de ces pays n’étaient pas favorables au secteur agricole. Le modèle de développement qui avait alors cours mettait l’accent sur l’importance de l’extraction d’excédents agricoles au profit d’autres secteurs. Les politiques macro-économiques, particulièrement celles concernant les taux de change, pénalisaient les produits exportables, tandis que les politiques commerciales, en privilégiant les produits exportables autres que ceux de l’agriculture, faisaient pencher les termes de l’échange dans le secteur des exportations au détriment de l’agriculture. L’élément le plus important était néanmoins que le biais contre le secteur agricole reflété dans les prix n’était pas compensé par d’autres formes de transfert au profit des régions rurales.

54. Depuis le début des années 80, la plupart des PMA, comme bien d’autres pays en développement, ont entrepris une série de réformes à la fois pour remédier aux déséquilibres macro-économiques et pour atténuer les distorsions qui caractérisaient les incitations de prix au niveau intrasectoriel et entre les secteurs. Au plan macro-économique et dans le contexte des programmes de stabilisation, l’un des principaux changements intervenus a été l’instauration progressive d’un système de taux de change reflétant mieux la pénurie de devises ainsi qu’une politique monétaire et budgétaire visant à promouvoir la stabilité macro-économique. Ainsi, l’une des principales sources du biais dont souffrait l’agriculture a été atténuée mais pas nécessairement tout à fait éliminée. En outre, les mesures de réforme introduites au plan macro-économique n’ont pas été uniformes dans tous les pays. Au niveau sectoriel, des mesures ont été adoptées pour éliminer les distorsions qui entravaient le bon fonctionnement des marchés et pour privatiser les activités de traitement, de commercialisation et de distribution.

55. Du fait de la diversité du contenu et des modalités d’exécution des trains de réformes, il est impossible de porter une appréciation globale concernant leur impact sur l’agriculture (par exemple en comparant les taux de croissance de l’agriculture avant et après l’ajustement ou les pays qui ont entrepris des programmes d’ajustement et les autres). En ce qui concerne les politiques macro-économiques, il n’est cependant pas inutile de relever que, dans un certain nombre de pays qui ont connu une expansion dynamique dans l’agriculture, les nouvelles politiques ont débouché sur un taux de change de plus en plus compétitif et sur des taux d’intérêt plus réalistes.11 Un environnement macro-économique stable, en encourageant la confiance des investisseurs, constitue un élément essentiel de la croissance globale, laquelle entraîne à son tour une expansion des marchés à terme des produits agricoles. En outre, un taux de change compétitif favorise les exportations de produits agricoles.

56. S’agissant des politiques sectorielles, les données limitées dont on dispose concernant l’impact de la réforme de ces politiques sur l’agriculture dans différents pays ont montré que, s’il importe d’améliorer la structure des incitations de prix pour les producteurs agricoles, cela ne suffit pas pour autant à éliminer toutes les contraintes qui empêchent de réaliser le potentiel productif de l’agriculture. En fait, une analyse de différents cas d’expansion agricole soutenue montre que, pendant certaines périodes, la production a augmenté alors même que la structure des incitations de prix est favorable à l’agriculture.12 La principale différence entre ces situations et d’autres moins encourageantes, dans lesquelles la discrimination exercée par les prix à l’encontre de l’agriculture s’est traduite par une stagnation de ce secteur, est qu’en dépit des distorsions de prix, les pouvoirs publics (et les donateurs) étaient néanmoins résolus à renforcer l’infrastructure rurale et à promouvoir la recherche agronomique et d’autres services publics, ce qui a plus que compensé la perte causée par les distorsions des prix. 13

57. Ainsi, le principal enseignement que l’on peut tirer de la situation des différents pays est que si l’on veut encourager l’expansion de l’agriculture, il faut qu’il existe un certain nombre de facteurs qui compensent le « handicap » dont souffre le secteur rural dans des domaines comme l’infrastructure, les services sociaux, la technologie, les circuits de commercialisation et la disponibilité de crédits de campagne et qu’il soit mis en place un environnement institutionnel approprié. Il n’existe pas de modèle politique qui réponde à la diversité du secteur agricole des PMA. Si l’amélioration de la productivité est une condition essentielle commune, la nature de l’amélioration envisagée déterminera la combinaison de politiques à mettre en oeuvre. Par exemple, dans les pays qui cherchent à améliorer leur productivité en réorientant la production vers des produits dont l’élasticité par rapport à la demande est plus élevée (comme les fruits et les légumes) et en améliorant l’accès à des marchés dynamiques (aussi bien internes qu’externes), certains des éléments possibles de la stratégie à mettre en oeuvre devront tendre à créer un environnement institutionnel approprié, à diffuser des informations sur les marchés et à fournir une assistance pour relever les normes de santé et d’assainissement.

58. En outre, la multiplicité des liens qui existent entre l’agriculture, d’une part, et le secteur rural en général ainsi que les activités rurales non agricoles, de l’autre, porte à penser que les politiques agricoles ne devraient pas demeurer dans les limites étroites du secteur agricole stricto sensu mais devraient envisager leur impact sur l’espace rural pour lequel l’agriculture (spécialement dans les pays les moins avancés) constitue l’activité primordiale (voir la section C ci-dessous).

59. Dans plusieurs pays, un échelonnement peu judicieux des réformes a nui à leur efficacité. Les pouvoirs publics, dans les politiques et programmes qu’ils ont élaborés, ont souvent centré leur attention sur les taux de change, le désencadrement des prix intérieurs et la privatisation des entreprises publiques, et minimisé l’importance d’autres politiques et facteurs qui affectent l’agriculture comme l’amélioration concomitante des politiques relatives à l’infrastructure, à la technologie et aux circuits de commercialisation. Une conception et un échelonnement mal pensés des réformes et l’instabilité des politiques générales ont donc été parmi les principales sources de difficultés auxquelles se sont heurtés les programmes de réforme dans nombre de PMA.

2.3.2 Le développement agricole et rural: institutions, infrastructures et services d’appui

i) Marchés

60. Dans la plupart des PMA, l’infrastructure rurale est rudimentaire et les activités agricoles sont souvent dominées par les exploitations de semi-subsistance. L’impossibilité ou les difficultés d’accès aux marchés sont communes dans la plupart des PMA. Les marchés ruraux, même lorsqu’ils existent, sont notoirement imparfaits et, lorsqu’ils font totalement défaut, il est difficile pour les agriculteurs de vendre leur production et de garantir ainsi la sécurité alimentaire de leurs familles. L’une des principales tâches à entreprendre consiste donc souvent à développer les marchés ruraux. Parmi les difficultés auxquelles ont notamment été imputées les défaillances des marchés des produits, l’on peut citer l’éloignement des marchés, la mauvaise qualité des produits, des coûts de transport élevés (en raison de la cherté de l’énergie et des faiblesses de l’infrastructure), l’absence de concurrence entre négociants et la mauvaise organisation des producteurs, l’absence d’informations sur la situation des marchés, l’absence de règles claires touchant le fonctionnement des marchés ou leur application erratique ainsi que des fluctuations marquées des prix pendant l’année.

ii) Services financiers ruraux

61. En milieu rural, les services financiers sont souvent peu développés. Les efforts qui ont été faits pour accorder des crédits bon marché par le biais des banques étatiques de développement agricole ont été marqués par de faibles taux de remboursement, un ciblage inapproprié et un manque d’efficacité sur les plans des opérations et de la gestion, de sorte que leur portée et leur durabilité ont été limitées. Souvent, les crédits bonifiés ont été mal utilisés et ont servi à introduire des ensembles de technologies qui n’étaient pas adaptées aux systèmes de culture locaux et pour lesquelles il n’existait pas vraiment de demande. Une évaluation erronée des possibilités de commercialisation et de la rentabilité des opérations et des capacités limitées de remboursement des emprunteurs ont contribué à des taux élevés de défaillance, ce qu’ont encore aggravé les radiations périodiques de dettes décrétées à la suite de pressions politiques.

62. Les banques commerciales privées, en revanche, perçoivent des taux d’intérêt élevés, spécialement dans le cas des petits agriculteurs se trouvant dans des régions où les densités de population sont faibles. Le coût élevé des emprunts est encore renchéri par un environnement macro-économique simple marqué, entre autres, par des taux annuels d’inflation élevés. En outre, l’insuffisance de l’infrastructure et des systèmes de communication en milieu rural, le manque d’efficacité des services de vulgarisation et des politiques macro-économiques et sectorielles inappropriées ont pour effet de renchérir les intrants et les activités de commercialisation, ce qui ne fait que réduire encore plus la rentabilité des exploitations agricoles. Cependant, nombre de ces contraintes pourraient être surmontées grâce à l’établissement de liens entre les agriculteurs et les négociants et à la conclusion d’autres arrangements avec des agro-industries, par exemple des modalités d’exploitation contractuelle.

63. Les résultats qu’ont donnés les institutions de microfinancement montrent clairement l’importance capitale qu’il y a à faire en sorte que la fourniture de services financiers soit orientée vers les clients ainsi que la nécessité de pratiquer des taux d’intérêt commerciaux couvrant intégralement le coût des prêts. Les pauvres semblent préférer un système fiable qui leur permette d’obtenir des prêts au moment où ils en ont besoin, même s’ils coûtent plus cher, à l’octroi par l’administration, à date fixe, de crédits bonifiés liés à des utilisations spécifiques.

64. Néanmoins, la spécificité de l’agriculture, comme la demande de crédits de campagne pour financer des récoltes annuelles et les risques élevés qui caractérisent l’exploitation, limite le rôle que peuvent jouer les institutions existantes de microfinancement et leurs méthodes de prêts pour financer les crédits de campagne et les investissements des petits exploitants.

iii) Disponibilité d’intrants agricoles

65. Les informations rassemblées dans le contexte des projets réalisés dans le cadre du Programme spécial pour la sécurité alimentaire (PSSA) de la FAO dans 22 des pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV) montrent que l’un des problèmes majeurs auxquels se heurtent les agriculteurs est la possibilité de se procurer des intrants, des produits chimiques pour l’agriculture et souvent des aliments pour le bétail en temps utile ou en quantités suffisantes. Ce problème est directement lié au manque de crédit, aux difficultés qu’il y a à obtenir des devises, au caractère saisonnier des intrants qu’exige l’agriculture, à la dispersion dans l’espace des exploitants, aux défaillances de l’infrastructure et des transports et, parfois, au manque d’efficacité, sur les plans de la commercialisation et de la gestion, des sociétés étatiques qui ont l’exclusivité de la distribution et de la commercialisation d’intrants.

66. Des semences de qualité sont également disponibles en quantités insuffisantes, particulièrement en Afrique et en Asie. Le système informel est la principale source d’approvisionnement en semences et en jeunes plants pour les agriculteurs pauvres en ressources des régions marginales et s’est avéré être plus résistant, en cas de catastrophes, que le système officiel. Néanmoins, le système informel de distribution de semences n’a guère retenu l’attention ni obtenu d’appui financier des pouvoirs publics, au détriment de la productivité des petits exploitants. Par conséquent, si les systèmes d’approvisionnement en semences ne sont pas renforcés dans les pays en développement, il n’y aura guère de transfert de technologies, voire aucun, qui permette d’améliorer la productivité des récoltes et par conséquent les moyens de subsistance et le bien-être des ménages pauvres et vulnérables dans les communautés rurales. Dans certains pays, l’on craint que la base génétique de certaines céréales se soit rétrécie à l’excès, d’autant que les variétés locales ont vu leur importance diminuer progressivement ou ont été éliminées. L’absence d’espèces animales améliorées et de services vétérinaires adéquats constitue également un problème dans certains cas.

67. Une autre contrainte institutionnelle tient au manque d’efficacité de l’utilisation et de la distribution e l’eau, qui est généralement imputé à une gestion défectueuse des systèmes d’irrigation et à l’inadéquation des arrangements de distribution d’eau, qui se traduisent par une distribution inégale et inopinée de l’eau entre les agriculteurs. Dans nombre de PMA, ce sont les organismes publics qui gèrent les systèmes d’irrigation et la distribution de l’eau, et les associations d’agriculteurs participent rarement à cette gestion ou manquent de moyens pour contribuer à la conception des systèmes de distribution d’eau ou à l’entretien du réseau. Les besoins en eau des agriculteurs doivent être pris en considération aux niveaux aussi bien des besoins du ménage que de la production pour l’exportation étant donné que ces deux types d’utilisations affectent différemment la qualité de la vie des hommes et des femmes ainsi que de leur communauté.

iv) Recherche agronomique et vulgarisation agricole

68. Dans la plupart des PMA, les capacités institutionnelles de recherche et de vulgarisation sont faibles. De ce fait, la technologie disponible n’est pas adaptée comme il convient aux conditions locales et les résultats des recherches ne permettent pas de trouver des solutions technologiques adaptées à toute la gamme des conditions socio-économiques et agro-écologiques qui existent dans le pays, ni par exemple aux besoins techniques différents des agriculteurs de sexe masculin et de sexe féminin. L’absence de solutions technologiques est souvent citée comme entravant le développement de l’irrigation (il faudrait par exemple avoir différents modèles de pompes d’irrigation adaptées aux besoins des différents usagers). Lorsque les recherches ont effectivement débouché sur des techniques et technologies disponibles, leur diffusion se heurte à un certain nombre de difficultés comme la prestation de services de vulgarisation et de formation qui ne sont pas nécessairement adaptés aux besoins des usagers.

69. L’insuffisance des services de vulgarisation et de formation et, partant, les faibles connaissances technologiques des agriculteurs sont considérées comme étant au nombre des principaux facteurs qui entravent l’adoption de technologies améliorées. Cette contrainte pourrait être surmontée si l’on facilitait l’accès des agriculteurs au savoir. Par exemple, des informations précieuses peuvent être tirées de certains des documents relatifs à la vulgarisation agricole qui peuvent être consultés sur les pages web Ecoport de la FAO.

v) Facteurs sociaux et culturels

70. La mise au point et l’adoption de technologies à haut rendement ont également été entravées par un certain nombre de facteurs sociaux et culturels, parmi lesquels l’on peut citer les suivants:

  • L’insécurité du régime foncier et la fragmentation des exploitations dans certains PMA, spécialement en Afrique, problème qui affecte particulièrement les femmes, qui n’ont guère accès à la terre, voire aucun, selon les coutumes ou les dispositions législatives qui réglementent les pratiques foncières;
  • Un faible degré d’instruction, qui empêche d’accroître les capacités technologiques des agriculteurs, actuellement très faibles, pour qu’ils puissent adopter des technologie nouvelles. Souvent, aussi bien les garçons que les filles, ainsi que les femmes adultes, manquent d’instruction. Ce problème est particulièrement grave pour les femmes. Le fait, par exemple, que les agriculteurs ne savent pas tenir de comptabilité les empêche d’apprécier à leur juste valeur les avantages qu’ils pourraient tirer de technologies améliorées;
  • L’aversion des agriculteurs pour le risque, généralement sous-estimé, particulièrement lorsque les intéressés n’ont pas participé à l’adoption des décisions touchant la mise en oeuvre et l’utilisation de nouveaux produits. Parfois, les agriculteurs se sont opposés à l’adoption de nouvelles technologies et de nouvelles pratiques de gestion, spécialement lorsqu’ils ont vu menacés leurs moyens de subsistance traditionnels et leurs traditions locales. Par exemple, la forte variabilité des rendements de certaines variétés améliorées a découragé les agriculteurs pauvres au bord de la subsistance de les adopter. Il est essentiel que les agriculteurs, hommes comme femmes, participent à l’ensemble du processus de mise au point de nouvelles variétés à haut rendement et des technologies connexes pour que ces dernières soient plus généralement acceptées et adoptées par ceux qui pourraient en profiter le plus;
  • Comme le niveau d’instruction a un impact direct sur les connaissances, les compétences, les attitudes et le comportement des agriculteurs, le faible niveau d’instruction qui prévaut dans les PAM se reflète dans la difficulté plus grande qu’il y a à infléchir les attitudes et les comportements des agriculteurs pour les aider à s’adapter aux nouvelles réformes. Les réformes introduits depuis le début des années 80 se sont traduites par un changement drastique de l’environnement dans lequel opèrent les producteurs. Alors que ces derniers étaient des acteurs relativement passifs avant les réformes, ils doivent désormais prendre des initiatives et s’organiser.

2.3.3 Activités post-production

71. L’absence de routes en bon état ainsi que l’insuffisance des moyens d’entreposage ont constitué des problèmes majeurs dans nombre de PMA et ont parfois empêché la vente de récoltes tout entières. Le fait que, dans certains PMA, l’infrastructure des transports ne permet pas de transporter les céréales alimentaires des régions excédentaires vers les régions déficitaires en période de sécheresses localisées illustre la sévérité des goulets d’étranglement dans le secteur des transports et la fragmentation du marché agricole. L’insuffisance des moyens de communication tend à limiter, pour de nombreux producteurs, la possibilité d’accéder aux marchés et à l’information et à rendre l’accès aux intrants plus difficile et plus coûteux tout en réduisant les marges des producteurs. L’absence de moyens d’entreposage amplifie les variations saisonnières sur les marchés et aggrave les pertes après les récoltes, lesquelles, dans certains cas, peuvent atteindre 30 pour cent de la production totale.

2.3.4 Innocuité des produits alimentaires et normes de qualité

72. Il importe au plus haut point, dans les pays en développement, de veiller à l’innocuité et à la qualité des produits alimentaires non seulement pour des raisons de santé publique mais aussi pour améliorer la compétitivité de ces produits sur les marchés internationaux. Or, les institutions et les systèmes de contrôle de ces pays souffrent de différentes faiblesses qui les empêchent d’assurer efficacement la protection des consommateurs et de bénéficier du régime commercial institué par le Cycle d’Uruguay. Ces faiblesses concernent tous les éléments fondamentaux d’un système national de contrôle des produits alimentaires, dans des domaines aussi divers que la législation, l’inspection des produits, l’assurance-qualité au niveau de la production et les moyens d’analyse (humains et matériels) nécessaires pour contrôler la qualité et l’innocuité des approvisionnements alimentaires.

73. Les mesures ci-après devraient être adoptées pour mettre les pays en développement mieux à même de répondre aux normes reflétées dans les accords pertinents de l’OMC et pouvoir ainsi assurer la protection des consommateurs et promouvoir le commerce de produits alimentaires sur les marchés aussi bien internes qu’internationaux:

  • Renforcement des capacités de ces pays de mettre en oeuvre l’Accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) et l’Accord sur les obstacles techniques au commerce (OTC) et d’appliquer toutes autres nouvelles règles internationales et nationales en matière de normes;
  • Renforcement des capacités nationales d’évaluation des risques et de formulation de réglementations et de politiques nationales touchant les exportations, l’alimentation et le développement des agro-entreprises;
  • Promotion de la coopération régionale et amélioration de la cohérence des politiques commerciales et des réglementations nationales concernant les normes;
  • Mise au point de réglementations et de normes nationales touchant l’innocuité des produits alimentaires, en veillant à ne pas fausser le commerce international;
  • Amélioration de la participation des pays en développement aux activités des organes internationaux chargés de l’élaboration des normes;
  • Collecte d’informations pertinentes pour le renforcement des capacités nationales et la formulation des politiques;
  • Amélioration du pouvoir de négociation de ces pays lors des négociations commerciales internationales.

2.3.5 Investissements dans l’agriculture

74. Les pays les moins avancés sont confrontés à un sérieux manque de ressources qui les empêche de générer les investissements nécessaires pour réaliser leurs objectifs de développement dans l’agriculture, ainsi que l’objectif consistant à réduire de moitié d’ici à 2015 le nombre de personnes sous-alimentées. Les investissements tendant à accroître la capacité de production dans l’agriculture doivent porter non seulement sur les avoirs matériels, mais aussi sur la diffusion d’informations scientifiques et technologiques, la valorisation du capital humain et la création d’un capital social. Il importe donc au plus haut point que les pouvoirs publics créent un climat propice aux investissements afin d’améliorer les niveaux de productivité et de faciliter les transformations structurelles indispensables.

75. Dans nombre de PMA, les dépenses publiques consacrées à l’agriculture revêtent pour une large part la forme de subventions, ce qui ne laisse guère de financement disponible pour la création de nouveaux avoirs, pour l’entretien ou pour d’autres activités nécessaires à la croissance. De ce fait, nombre de services d’appui à l’agriculture fonctionnent à peine, les routes rurales sont impraticables pendant une bonne part de l’année, les machines agricoles sont en majeure partie hors d’usage et les systèmes d’irrigation sont paralysés.

76. L’on a vu ci-dessus (paragraphes 53 à 59) que nombre de PMA ont adopté des politiques pour déréglementer les marchés agricoles, réduire les distorsions des prix et permettre aux agents privés de jouer un rôle accru dans l’activité économique. Ces mesures, bien que nécessaires, ne suffisent pas toujours à susciter les investissements requis pour qu’une augmentation soutenue de la production soit possible. Pour améliorer les incitations à l’investissement, les pouvoirs publics doivent également adopter des politiques tendant à améliorer l’accès aux marchés, à assurer la diffusion de l’information, à fixer des normes et à fournir un cadre juridique et réglementaire adéquat. D’un point de vue plus général, chacun s’accorde à reconnaître que la stabilité politique et un cadre institutionnel bien défini et respectés sont nécessaires aussi. Il faut par ailleurs assurer une forte complémentarité entre les investissements publics et privés pour soutenir la croissance de l’agriculture, et les pouvoirs publics doivent investir dans des secteurs qui comportent un important élément de bien public comme la recherche, la vulgarisation et l’infrastructure, et en particulier dans les routes, l’éducation et l’élaboration de normes.

77. Selon les projections de la FAO et le scénario « si rien ne change », le montant annuel brut des investissements qui devront être effectués en Afrique subsaharienne jusqu’en 2010 dans l’agriculture primaire, l’entreposage et le traitement (à l’exclusion des infrastructures et services pré- et post production connexes) est de quelque 11,1 milliards de dollars.13 Toutefois, si l’on veut atteindre l’objectif fixé lors du Sommet mondial de l’alimentation, c’est-à-dire réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées, il faudra investir quelque 3,6 milliards de dollars de plus pour que la production vivrière nationale augmente dans des proportions suffisantes.

78. L’infrastructure rurale (comme routes et réseaux d’irrigation) fait cruellement défaut dans les PMA, particulièrement en Afrique subsaharienne. Des investissements considérables devront être effectués dans l’infrastructure rurale de communication, l’amélioration et la modernisation des systèmes d’irrigation, l’aménagement de systèmes simples et modernes de captage et d’utilisation des eaux de pluie, la gestion et l’amélioration des sols, l’éducation, la vulgarisation et la recherche et la fourniture des services de santé. Les résultats des recherches et les pratiques optimales, qui ne sont pas encore appliquées encore à grande échelle, pourraient être adoptés dans les régions d’Afrique subsaharienne présentant un potentiel élevé. Il faudra poursuivre les recherches afin de mettre au point des systèmes de culture adaptés aux petits agriculteurs pauvres en ressources, qui constituent la majorité dans la plupart des PMA. Ces nouveaux systèmes de culture devront être viables à des densités de population plus fortes et permettre d’intensifier la production sur les terres déjà cultivées.

79. Si les investissements nécessaires sont énormes, il importe d’éliminer peu à peu les contraintes existantes. L’expérience des pays a montré que lorsque l’augmentation de la production entraînée par une réforme ou un changement de circonstances avait atteint un plateau, une autre réforme ou une autre série de réformes étaient nécessaires pour continuer à exploiter le potentiel existant. Une expansion soutenue n’a été possible que lorsque d’autres réformes ont éliminé de nouvelles contraintes.

80. Il est probable que la majeure partie des investissements requis devra provenir du secteur privé et dépendra donc directement de l’existence d’un climat propice aux échelons national et international. À cet égard, les investissements publics constituent une condition préalable indispensable et doivent jouer un rôle de catalyseur pour encourager et compléter les investissements privés, en étant concentrés principalement dans la recherche et l’infrastructure.

B. LA DEMANDE

1. Tendances de la consommation

81. La consommation interne (consommation humaine et autres utilisations) des produits agricoles dans les PMA varie beaucoup selon qu’il s’agit de produits alimentaires ou d’autres produits. Les produits non alimentaires comme matières premières et boissons tropicales sont essentiellement destinés à l’exportation. Les quelques quantités qui sont écoulées sur les marchés nationaux sont destinées essentiellement aux industries locales de traitement, lesquelles, à leur tour, exportent la majeure partie de leur production. En revanche, la consommation interne de denrées alimentaires représente une proportion importante et croissante de la production. Dans les PMA, la consommation de denrées alimentaires de base a augmenté à un rythme annuel de 2,3 pour cent pendant la période 1990-97 (annexe, tableau 1), soit moins que le taux d’accroissement démographique, qui a été de 2,6 pour cent. La proportion de la consommation de céréales satisfaite par la production nationale est tombée de 96 pour cent en 1970-80 à 85 pour cent en 1990-98.

82. Dans le cas de nombreux produits, la production n’a pas suivi et ne pourra peut-être pas suivre la demande. Pendant les années 60, par exemple, les PMA étaient exportateurs nets de riz (2,4 millions de tonnes) mais, dès le milieu des années 90, ils en importaient 3,5 millions de tonnes, chiffre qui, selon les projections, devrait dépasser 7,5 millions de tonnes en 2015. De même, les importations nettes de blé sont passées de 1,1 million de tonnes en 1961-63 à 6,1 millions de tonnes en 1995-97 et devraient se monter à 15 millions de tonnes en 2015. Les importations nettes de manioc et de plantains, qui constituent le principal aliment de base dans nombre de PMA d’Afrique, ont également augmenté pendant les années 90.

83. En bref, les tendances de la production, de la consommation et du commerce démontrent clairement que les PMA sont de plus en plus tributaires des importations pour couvrir leurs besoins alimentaires. Selon les projections de la FAO pour la période s’étendant jusqu’en 2015, cette dépendance continuera de s’intensifier. Si les importations commerciales requises ne peuvent pas être assurées ou si l’aide alimentaire ne peut pas combler le déficit, la consommation alimentaire par habitant diminuera inévitablement.

2. Éléments déterminants et contraintes

84. Trois éléments déterminent l’augmentation de la demande: la population, le revenu par habitant et l’élasticité de la demande par rapport au revenu. Pour les PMA dans leur ensemble, le PNB réel par habitant a été stable au cours des 20 dernières années. Entre 1989-91 et 1995-97, il n’a augmenté que dans 20 des 40 PMA pour lesquels des données comparables sont disponibles. Cela porte à conclure que l’augmentation de la consommation céréalière dans la plupart des PMA enregistrée pendant la période 1990-98 a été due principalement à l’accroissement démographique. Les taux d’accroissement démographique de ces pays sont parmi les plus élevés du monde. Pour l’ensemble des PMA, ce taux est passé de 2,5 pour cent par an en 1980-90 à 2,6 pour cent en 1990-96 et devrait demeurer élevé (2,3 pour cent) pendant la période 2000-2015. Leur sécurité alimentaire sera donc menacée si la production et/ou la capacité d’importation de ces pays ne peuvent pas être considérablement accrues par rapport à ce qu’elles ont été au cours des dix dernières années.

85. La capacité d’importation est déterminée par la disponibilité de devises, laquelle dépend à son tour des recettes d’exportation (essentiellement de produits de base pour la plupart des PMA) et des apports de ressources extérieures. Nombre de PMA ont été affectés, pendant la période 1990-98, par la baisse des prix de leurs exportations de produits primaires. Le fardeau représenté par la dette extérieure limite également la capacité d’importation d’un grand nombre de PMA, situation qui a été encore aggravée par le ralentissement des apports de ressources extérieures.

3. Sécurité alimentaire

86. L’adéquation des disponibilités alimentaires dépend de l’interaction entre l’offre et la demande. L’indicateur le plus généralement utilisé pour estimer l’adéquation des disponibilités alimentaires est l’apport calorique par habitant, qui mesure les quantités moyennes d’aliments disponibles par habitant dans un pays. Comme le montrent le tableau 2 et le tableau 8 de l’annexe, l’apport calorique pour les PMA en tant que groupe est très faible et a à peine augmenté depuis 1979. Pour environ la moitié des 44 PMA pour lesquels des données sont disponibles, il a été inférieur à 2 100 kcal/jour. La situation a été très différente dans les autres pays en développement et dans le monde dans son ensemble, où la production vivrière a continué d’augmenter à un rythme plus rapide que la population.

Tableau 2. Apport calorique par habitant

 Apport calorique par habitant(kcal/jour)Taux annuel moyen d’augmentation(en pourcentage)
 1979-811989-911996-981979-81 à 89-911989-91 à 96-98
Monde2 5402 3002 0402 0602 0202 3802 0402 7002 7800,60,90,2-0,20,8-0,2-1,40,4
Pays en développement2 5102 6500,8
PMA *2 0802 070-0,1
dont:Afrique2 0102 000-0,1
Asie2 1802 1800,0
Pacifique2 3402 4100,4
Caraïbes1 7701 8400,5

* À l’exclusion du Bhoutan, de la Guinée équatoriale, de Samoa et de Tuvalu, pour lesquels des données n’étaient pas disponibles.

Source: FAO.

87. Les estimations de la FAO montrent que l’incidence de la sous-alimentation chronique (malnutrition)14 est élevée dans les PMA (annexe, tableau 9). Entre 1969-71 et 1996-98, la proportion des personnes sous-alimentées par rapport à la population totale des PMA est passée de 38 à 40 pour cent et, en chiffres absolus, leur nombre a sans doute augmenté de 116 millions à 235 millions.

C. INTERDÉPENDANCE ENTRE LA CROISSANCE DE L’AGRICULTURE, LE DÉVELOPPEMENT RURAL ET L’ATTÉNUATION DE LA PAUVRETÉ

1. Nature de l’interdépendance

88. Comme 70 pour cent des populations extrêmement pauvres qui souffrent d’insécurité alimentaire vivent en milieu rural, le développement de l’agriculture et le développement rural ont un rôle capital à jouer dans l’élimination de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. L’agriculture étant la principale activité économique dans les régions rurales, les ruraux pauvres en sont directement tributaires pour leurs revenus et pour leur alimentation. Cette dépendance est plus forte dans les pays où l’insécurité alimentaire est la plus généralisée et qui sont souvent marqués à la fois par des revenus peu élevés, des déficits vivriers et une lourde dette extérieure. La plupart de ces pays sont des PMA.

89. L’expérience nationale des efforts de promotion d’expansion économique et d’atténuation de la pauvreté montre que: i) il existe une corrélation positive entre l’atténuation de la pauvreté et le développement économique en général; ii) la croissance de l’agriculture dans les pays en développement a un impact plus marqué sur l’atténuation de pauvreté que la croissance des autres secteurs; iii) l’expansion de l’agriculture atténue la pauvreté principalement par le biais du marché du travail, et spécialement d’augmentations des salaires; iv) son impact sur la réduction de la pauvreté est moindre si l’inégalité de la répartition des revenus s’accroît; et v) l’expansion en milieu rural réduit la pauvreté en milieu aussi bien rural qu’urbain.

90. La mesure dans laquelle la croissance de l’agriculture peut atténuer la pauvreté en milieu rural dans les PMA se reflète dans le fait qu’en moyenne, l’agriculture emploie quelque 75 pour cent du total de la population active (plus de 80 pour cent dans plusieurs) et que le pourcentage des pauvres dans les campagnes est généralement beaucoup plus élevé qu’en ville (voir annexe, tableau 10). De ce fait, la croissance de l’agriculture peut accroître les revenus des pauvres aussi bien directement, en augmentant la demande de main-d’oeuvre, qu’indirectement, par le biais des liens que les intrants, la production et les dépenses créent avec des activités productives non agricoles dans le secteur rural.

91. Le secteur rural non agricole est le maillon qui relie l’agriculture, le développement rural et l’atténuation de la pauvreté dans les campagnes. Dans nombre de pays à faible revenu, il est souvent étroitement lié à l’agriculture par le biais de nombreuses activités productives en amont et en aval. Les gains provenant de la participation à de telles activités peuvent constituer une part substantielle du revenu global des populations rurales. Le tableau 11 de l’annexe contient des données sur les revenus non agricoles et leur répartition (lorsque des chiffres sont disponibles) en fonction: a) des centiles de revenu; b) des zones, différenciées selon le type de produits agricoles; et c) des types de cultures. Le tableau couvre un nombre limité de PMA d’Afrique et d’Asie pour lesquels des données sont disponibles.

92. Ainsi, les activités rurales agricoles et non agricoles doivent être considérées comme complémentaires pour ce qui est du financement des investissements dans les deux secteurs, l’épargne provenant des activités agricoles pouvant constituer un capital de départ pour des activités rurales non agricoles. De même, l’épargne provenant d’activités non agricoles peut être utilisée pour acheter des intrants et adopter des technologies agricoles améliorées.

2. Le type de croissance de l’agriculture importe-t-il?

93. La part du revenu non agricole dont il est question dans les paragraphes précédents démontre, à tout le moins, que les expressions développement rural et développement agricole ne sont pas synonymes et que les revenus provenant d’activités non agricoles constituent un élément important des moyens de subsistance des ménages ruraux. Ainsi, pour évaluer l’impact de la croissance de l’agriculture sur la pauvreté et le développement rural, il faut prendre en considération les effets qu’elles produit par le biais de la production, des revenus et des dépenses sur le revenu et l’emploi ruraux non agricoles. L’analyse devient plus complexe si l’on aborde la question de la croissance de l’agriculture et l’atténuation de la pauvreté dans le cadre plus général du développement rural.

94. Un exemple est celui de la croissance de l’agriculture due à une amélioration de la productivité rendue possible par des technologies à forte intensité de capital. Ce type d’amélioration de la productivité peut ne pas atténuer la pauvreté, et ce pour deux raisons: a) les agriculteurs pauvres n’ont pas accès aux capitaux qui leur seraient nécessaires pour pouvoir tirer parti de ces nouvelles technologies; et b) la croissance de l’agriculture ne se traduit pas par une augmentation de la demande de main-d’oeuvre, de sorte que les ouvriers agricoles sans terre n’en profitent pas. En pareilles circonstances, une croissance de l’agriculture ne bénéficie pas directement aux pauvres. D’un autre côté, une analyse plus poussée des effets de la croissance dans l’agriculture doit tenir compte de son impact sur les revenus et la pauvreté en milieu rural par le biais du secteur rural non agricole. Plus spécifiquement, un accroissement de la production agricole entraîne-t-il une augmentation de la demande de services fournis au plan local (fourniture d’intrants, services ou activités de traitement et de distribution de la production)? Le surcroît de croissance dépensé pour l’achat de produits d’origine locale se traduit-il par la génération de revenus additionnels?

95. Lorsque la répartition des avoirs productifs est extrêmement inégale, il est probable que l’introduction de nouvelles technologies à forte intensité de capital n’aura pas d’effets indirects (par le biais de différents liens qui existent entre l’agriculture et le secteur non agricole) et que les pauvres n’en bénéficieront pas. Il est probable que les intrants agricoles seront « importés » (de la ville ou de l’étranger) tandis que les schémas de consommation de ceux qui tireront avantage de l’expansion de l’agriculture feront généralement intervenir une proportion élevée de produits de haute valeur et d’articles de luxe qui ne sont pas fabriqués localement. Il est donc probable que les effets induits dus aux intrants, à la production et aux dépenses échapperont aux régions rurales.

96. Il est probable, en revanche, que les effets imputables d’une croissance de l’agriculture fondée sur une amélioration de la productivité du travail seront largement diffusés en milieu rural. Ces technologies (et les gains en provenant) sont accessibles pour les agriculteurs les plus pauvres, tandis que les ouvriers agricoles sans terre profiteront de salaires plus élevés ou de nouveaux emplois. Les effets induits dus aux intrants, à la production et aux dépenses devraient privilégier le secteur rural étant donné que les ouvriers agricoles sans terre et les petits exploitants, très vraisemblablement, achèteront des intrants ou des services et dépenseront leur surcroît de revenus localement, ce qui intensifiera les effets secondaires sur les revenus en encourageant l’activité non agricole et la demande de main-d’oeuvre.

97. Une autre distinction, pour ce qui est des types de croissance de l’agriculture, est celle entre les denrées alimentaires et les produits de grande consommation. L’idée toute faite selon laquelle la plupart des ruraux pauvres tirent leurs revenus de la production de denrées de grande consommation sous forme soit d’aliments, soit d’autres apports (par exemple les revenus provenant d’un emploi pour la production de denrées de grande consommation ou d’activités connexes) a conduit à « promouvoir » la production de produits de grande consommation (grâce à des recherches sur les moyens d’accroître les rendements de ces produits) plutôt qu’à privilégier la production de récoltes commerciales. Dans le contexte susmentionné, ce raisonnement sous-entendrait que la production de denrées de grande consommation est plus étroitement liée à l’économie locale et a donc un impact plus marqué sur la réduction de la pauvreté et le renforcement de la sécurité alimentaire que les autres produits. Tel peut effectivement être le cas dans les régions rurales qui n’ont qu’un accès limité à l’alimentation ou aux marchés (comme les marchés urbains ou d’exportation). En pareille situation, les liens créés par les augmentations de la production vivrière entraînée par l’amélioration de la productivité sont très étroits étant donné qu’il n’y a pas d’effets de « fuite ».

98. Néanmoins, l’on ne peut pas généraliser, que ce soit pour ou contre les produits de grande consommation. Rien ne permet de conclure que l’introduction de récoltes commerciales ait entraîné une aggravation de la pauvreté. Les récoltes commerciales ont beaucoup à offrir pour ce qui est des possibilités à la fois d’accroître et de diversifier les sources de revenus. Lorsque, exposés à des risques plus élevés du fait qu’ils sont tributaires des marchés pour leur alimentation comme pour leurs revenus, les ménages pauvres ont généralement tendance à diversifier leurs ressources. Des éléments indispensables à toute réelle possibilité de diversification sont l’ouverture de circuits d’approvisionnement en intrants et de commercialisation de la production et l’existence de marchés financiers ruraux fonctionnant de manière satisfaisante.

99. En bref, le développement de l’agriculture joue un rôle crucial dans le développement économique en général et dans l’élimination de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire dans les PMA. Les mesures à prendre à cette fin sont notamment celles qui tendent à améliorer la productivité de l’agriculture et à encourager d’autres sources de développement rural, en particulier grâce au renforcement de l’infrastructure rurale, à valoriser le capital humain en milieu rural grâce aux services de santé, d’éducation et d’assainissement, à faciliter l’accès aux ressources productives, l’accent étant mis sur l’égalité entre hommes et femmes, et à préserver les capacités de l’environnement naturel de soutenir la population actuelle et les générations futures.


1 Il ressort par exemple des chiffres publiés par la Banque mondiale pour l’Afrique subsaharienne, où se trouvent la majorité des PMA (34), que la proportion de pauvres est passée de 38,5 pour cent pendant les années 80 à 39,1 pour cent au milieu des années 90 (Banque mondiale, Entering the 21st Century: World Development Report 1999/2000, (New York: Oxford University Press pour la Banque mondiale, 2000), p. 25).

2 Voir FAO (2000), Agriculture: Towards 2015/30, Rapport technique intérimaire.

3 L’une des conséquences les plus manifestes de l’accroissement démographique sera d’encourager la mise en culture de nouvelles terres. Simultanément, les terres agricoles existantes feront l’objet d’une utilisation plus intensive.

4 La superficie potentielle des terres arables, tel que ce concept est entendu ici, est un indicateur approximatif qui englobe des terres actuellement recouvertes de forêts ainsi que les marécages qui sont protégés et qui ne peuvent pas être utilisés pour l’agriculture, et qui ne tient pas compte des terres utilisées pour les établissements humains. Ainsi, la superficie potentielle des terres indiquée au tableau 2 de l’annexe est sans doute surestimée, mais elle devrait néanmoins être un bon indicateur du potentiel relatif des différents pays.

5 Bien que les rendements ne puissent vraiment être comparés que dans un contexte agro-écologique homogène, la comparaison des moyennes donne une idée assez exacte de la gamme de possibilités.

6 Institut international de recherche sur les produits alimentaires(IFPRI), « Is there hope for food plenty in Africa? », News & ViewsA 2020 Vision for Food and the Environment, octobre 1996.

7 FAO, Rome (1995), The National Agricultural Research Systems of West and Central Africa.

8 Voir PNUD, Rapport sur le développement humain 2000 (New York: Oxford University Press pour le PNUD), 2000.

9 Collomb, P. (1999): Une voie étroite pour la sécurité alimentaire d’ici à 2050. FAO, Rome, et Economica, Paris.

10 D. Topouzis et J. du Guerny, Sustainable agricultural/rural development and vulnerability to the AIDS epidemic, publication conjointe FAO/ONU-SIDA, 1999.

11 Dorward A. et Morrison J. (2000), « The Agricultural Development Experience of the Past 30 Years: Lessons for LDCs », document d’information préparé pour la FAO.

12 Mellor J. (2000), « Agricultural Development: So many Successes, Such Excellent Results », document d’information préparé pour la FAO.

13 FAO, Comité de la sécurité alimentaire mondialel, Investment in agriculture for food security: Situation and resource requirements to reach the World Food Summit Objectives, CFS: 99/Inf.7, juin 1999.

14 L’expression « sous-alimentées », telle qu’utilisée lors du Sommet mondial de l’alimentation, désigne les personnes dont la consommation alimentaire, en termes d’apport calorique, est chroniquement insuffisante

Source : http://www.fao.org/3/y0491f/y0491f02.htm

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